Impacts économiques du changement climatique sur les unités de méthanisation : L'exemple de l'Andalousie
En 2022 et 2023, l’Andalousie a subi de graves chocs climatiques, impactant considérablement les cultures. Solagro a mené une étude auprès de 6 unités de méthanisation dans la région afin de savoir quel sera l’impact du changement climatique sur les rendements de cultures et les surcoûts engendrés pour la méthanisation.
La vulnérabilité climatique des unités de méthanisation en Andalousie
Les intrants qui permettent d’alimenter les unités de méthanisation du sud de l’Espagne sont principalement constitués de grignons d’olive et de paille de céréales. En 2022 et 2023, les printemps chauds et secs, suivis d’étés extrêmes ont eu une incidence directe sur ces deux cultures. Les sécheresses prolongées se sont répercutées directement sur la floraison et le développement des fruits ainsi que sur les rendements en céréales.
Le phénomène est amené à se poursuivre et s’amplifier. Grâce à l’outil AdapteCCa, l’équivalent espagnol du portail DRIAS les futurs du climat en France, nous avons pu regarder les projections climatiques à 2050 dans la région. Celles-ci montrent une augmentation tendancielle des températures moyennes ainsi qu’une aggravation des phénomènes de sécheresse, qui constituent une menace pour l’approvisionnement des unité des méthanisation.
Les unités de méthanisation cherchent donc des moyens d’adaptation notamment la diversification des intrants. Solagro, avec l’aide de son partenaire local Fundación Global Nature (FGN), a identifié d’autres cultures à potentiel méthanogène dans un rayon de 100 km autour des unités de méthanisation grâce notamment aux données du Registre Parcellaire Graphique espagnol.
Un outil pour modéliser l’impact économique du changement climatique sur la méthanisation
Solagro a ainsi créé un outil et établi 3 scénarios permettant d’évaluer l’avenir économique des unités de méthanisation.
Premier scénario : Aucune adaptation volontaire
Dans ce scénario, Solagro a modélisé un futur où il n’y aurait ni investissement supplémentaire ni pratiques d’adaptation mises en place. Ainsi, il y aurait moins de matière première disponible, donc moins de biogaz produit et moins de revenus. Cette baisse de revenus s'accompagnerait d'une hausse du coût des matières achetées, ce qui amplifierait l'impact économique sur les unités de méthanisation.
Deuxième scénario : Un rayon de collecte des intrants élargi à 100 km autour des unités
Sans investissement supplémentaire, une des voies d’adaptation est l’augmentation du périmètre de collecte des matières premières. Les charges augmenteraient en raison de l’augmentation des prix des matières premières et à l’augmentation des distances de transport. La production ne serait pas affectée, mais les coûts d'exploitation augmenteraient fortement.
Troisième scénario : Une capacité de stockage des unités de méthanisation augmentée
A long terme, pour renforcer la résilience des unités, le moyen privilégié est d'augmenter les capacités de stockage. En effet, dans ce dernier scénario, l’unité de méthanisation investirait dans un stockage supplémentaire qui permet de constituer des réserves interannuelles lors des années à bon rendement. À la suite de cet investissement, ce stock permettrait de maintenir une production de biogaz constante en privilégiant un achat lors des années à bon rendement.
Cette étude a permis de démontrer l’intérêt économique d’un investissement supplémentaire. Le risque majeur reste celui d'une succession de mauvaises années, que même une capacité de stockage supplémentaire ne permettrait pas de couvrir. Ce risque explique l’intérêt, pour les unités, de sécuriser leur approvisionnement par des contrats à long terme avec leurs fournisseurs.
Les autres facteurs d'incertitude sur l'approvisionnement des unités de méthanisation
Certains facteurs plus difficilement quantifiables impacteront aussi l’approvisionnement des unités. La disponibilité en eau est un enjeu crucial selon la part des cultures irriguées dans le gisement. Pris en compte dans l'étude, cet enjeu mériterait une analyse complémentaire sur la ressource en eau.
Une autre menace pesant sur les unités de méthanisation est la compétition sur la ressource, notamment sur un territoire comme l’Espagne où la méthanisation est en développement rapide.
Vers une réplication en France et en Europe pour évaluer le coût de l’adaptation au changement climatique des unités de méthanisation
Le changement climatique a un impact mondial sur les productions agricoles. Ce travail orienté vers l’Andalousie pourrait être répliqué pour d’autres unités de méthanisation en Europe et en France, afin de consolider les données et de mieux préparer les exploitants aux effets du changement climatique sur leurs projets.