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Carburants alternatifs à partir de déchets : Prospective pour le secteur maritime

Des déchets pour alimenter la carburation du transport maritime, le potentiel existe mais les arbitrages entre les usages resteront à réaliser.

En 2021, dans le cadre du Green Deal, l’Union Européenne s’est fixé un objectif de réduction des émissions de gaz à    effet de serre (GES) de 55 % d’ici 2030 (par rapport à 1990), et la neutralité carbone en 2050. Les propositions législatives « Fit for 55 » touchent notamment le secteur maritime avec « Fuel EU Maritime ». Ce texte prévoit que les plus gros navires soient tenus de réduire progressivement leurs émissions de GES, passant notamment par l’utilisation de carburants issus de biomasse et de carburants bas carbone. Parallèlement, les directives sur les énergies renouvelables (RED II et RED III) fixent pour 2030 des objectifs d’utilisation de ces biocarburants avancés. Avec une consommation de près de 100 petajoules (PJ) de carburants (chiffres 2019), la filière française du transport maritime travaille donc à décarboner son activité.

Une des pistes est la production de carburants à partir de déchets. L’étude menée par Solagro pour le WWF a conduit à quantifier ce potentiel pour la France, l’Europe, les USA, le Brésil, la Chine et l’Australie. La ressource potentielle de déchets (déjections animales, déchets des ménages et des industries agro-alimentaires, boues urbaines, déchets de bois, résidus forestiers, connexes de scieries, CSR, résidus de cultures…) à l’horizon 2050 est de l’ordre de 34 Mt de matière sèche, déduction faite de la ressource déjà fléchée vers des usages thermiques ou matériaux.

Cette biomasse doit être transformée en carburants liquides pour pouvoir alimenter les navires (gaz naturel liquéfié, huile végétale hydrotraitée, diesel). Plusieurs procédés ou couplages de procédés sont envisageables avec des degrés de maturité technologique différents (méthanisation et liquéfaction, hydrogénation, pyrogazéification et Fischer-Tropsch). Selon les rendements matières des technologies recensées à date, la valorisation de la totalité des déchets équivaudrait à une production de 150 à 250 PJ de carburants liquides, soit 10 à 20% de la consommation actuelle de diesel en France (environ 30 Mt).

D’autres ressources biomasse (cultures intermédiaires à vocation énergétique, biomasse forestière) pourraient être mobilisées, mais dans l’objectif de décarbonation de l’ensemble des filières (transport, industrie, bâtiment) via notamment la biomasse, l’enjeu prioritaire reste la mise en oeuvre de mesures de sobriété et d'efficacité.